11 Septembre...1973

Publié le par frico-racing

Lanniversaire oublié ?

(Article publié ici le 11 /09/2010 et 2011)

Contrairement à d’autres événements, dont on nous rebat les oreilles, il est des commémorations dont les grands médias aux ordres font peu de cas.

Le 11 septembre 1973 est de ceux là !*

Vécu en direct comme les attentats du 11 septembre 2001(1), ce coup d'état militaire, comme la guerre du Vietnam, a profondément marqué ma génération.

Au petit matin du 11 septembre 1973, sur l'ordre du général Augusto Pinochet, les militaires investissent les rues de Santiago, capitale du Chili.chile1973[1]

Le palais présidentiel où le président Salvador Allende et quelques proches, armes aux poings se sont réfugiés, est bombardé.

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Allende, s’est défendu jusqu’à la fin, avant d’être assassiné et avec lui « l’expérience Chilienne ».

Pinochet se proclame président de la République en 1975 et reste à la tête du Chili jusqu'en 1990, imposant un régime dictatorial et oppresseur.

Il est remplacé en 1990 par le démocrate-chrétien Patricio Aylwin, seul candidat de l'opposition lors des élections (qui avait soutenu le coup d'état de Pinochet).

L'espoir d'un monde meilleur !

Deux ans avant la victoire de Salvador Allende et de « l’unité populaire », l’année 1968, en Europe, a réveillé l’idéal du socialisme tout en portant, à Prague, un coup à sa caricature est-européenne.

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Allende et le CHE (assassiné le 9 octobre 1967)

Certains en ont déduit la nécessité d’une « vraie révolution », d’autres ont préféré miser sur une « voie pacifique » dont, en France, ils crurent voir les prémices (j’en étais), dans la signature du programme commun, en juin 1972…allende mitterrand-c638b

Allende et Mitterand

En France comme dans le monde, dans les mois qui suivent le putsch fasciste de Pinochet, pas un jour ne s’écoule sans qu’une manifestation, un meeting ou un concert du groupe « miraculé » Quilapayun(2) (ils étaient en tournée à l’étranger) ne fasse entendre la colère du « peuple de gauche ».

La solidarité

Des milliers de réfugiés Chiliens sont accueillis en France, cette solidarité répond à la barbarie militaire.

Les nouvelles de Santiago font frissonner : des dizaines de milliers de militants parqués dans le Stadio nacional, les doigts du chanteur Victor Jara sectionnés à la hache (« Et maintenant, joue de ta guitare ! »), les rumeurs (fondées) de tortures et d’assassinats en masse, l’agonie de Pablo Neruda dans sa maison pillée...

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Le recours de la grande bourgeoisie à l’armée, avec l’appui de l'impérialisme Américain renseigné et aidé par d'anciens nazis (Barbie et d'autres), a eu raison de l’Unité populaire au pouvoir.

A cette époque, les dictatures soutenues par la CIA sévissent un peu partout dans le monde et en Amérique latine, pour les contrer des guérillas se développent et gagnent du terrain, Salvador Allende, médecin, est élu au Chili démocratiquement en 1970.

Il se lance dans une aventure entièrement inédite : celle de conduire un pays vers le socialisme d’une manière "légale", il est convaincu qu’une vraie démocratie conduit logiquement au socialisme.

Son Gouvernement nationalise les grandes entreprises, les banques, l’acier, le charbon, le salpêtre et le cuivre.

La première année est un immense succès.

Le peuple se reconnaît en lui. La politique économique avait pour but la relance économique, mais les effets psychologiques induits par la peur du collectivisme chez de nombreux patrons ont nettement limité la hausse de la production.

Le pays se trouve ainsi polarisé. Les opposants de Salvador Allende représentent une classe puissante, à savoir en grande partie l'oligarchie représentée au parlement par la coalition de droite (démocrates chrétiens et Parti national).

Ne supportant pas  les réformes en cours, ils vont faire appel aux États-Unis pour se débarrasser de ce gouvernement.allende

L'imperialisme US à l'oeuvre :

Tout comme contre CUBA (1962) et dès 1971, les États-Unis  impose un blocus et y découragent les investissements internationaux.

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Salvador Allende et Fidel

Allende dira à l'ONU, le 4 septembre 1972 : " Le drame de ma patrie est celui d’un Vietnam silencieux. Il n’y a pas de troupes d’occupation ni d’avions dans le ciel du Chili. Mais nous affrontons un blocus économique et nous sommes privés de crédits par les organismes de financement internationaux. (...)Nous sommes face à un véritable conflit entre les multinationales et les États. Ceux-ci ne sont plus maîtres de leurs décisions fondamentales, politiques, économiques et militaires à cause de multinationales qui ne dépendent d’aucun État." (Ce que "la crise" met en évidence aujourd'hui)

Des enregistrements déclassifiés révèlent comment Nixon et Kissinger (prix Nobel de la PAIX) ont planifiés le renversement d'Allende.nixon y kissinger

La lutte des classes à l'état brut

Au delà de "l'utilisation" d'anciens nazis, les États-Unis vont jusqu'à financer des grèves des patrons camionneurs chiliens, afin de paralyser les transports du pays.

En octobre 1972, une grève patronale de grande envergure paralyse le pays : 70 000 camions, des milliers d’autobus, cessent de rouler, les petits commerces et les professions libérales arrêtent le travail. Des Bourgeoises en manteaux de fourrures manifestent en frappant sur de casseroles, on ne trouve plus d’essence, la nourriture manque et la plupart des usines ne reçoivent plus de matières premières. C’est la guerre des nerfs.

Les ennemis d’Allende sont sur le point de gagner la bataille. Mais aucune usine ne suit la grève, les trains roulent, les ports restent ouverts, les services publics travaillent.

Le pays est plongé dans la crise, bien que les bidonvilles, dont l'approvisionnement est pris en charge directement par le gouvernement, se trouvent pour la première fois dans une situation plus ou moins acceptable.

Le "légalisme" d'Allende l’empêche d’avancer plus vite.

Malgré le blocus et les millions de dollars venus des États-Unis, malgré l’usure et les tensions, l’Unité Populaire obtient 43,4 % des voix aux élections de mars 1973. C'est une nouvelle victoire pour le parti de Salvador Allende qui augmente son score à chaque nouveau scrutin.

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Le ver était dans le fruit...

Le 28 juin, un régiment de blindés attaque le palais présidentiel. Le coup d’État échoue grâce au Général Carlos Prats, qui soutient le président. Mais bientôt Prats est contraint de démissionner. Allende le remplace par le Général Augusto Pinochet.

Le 11 septembre 1973 à 9 heures du matin, bombardé par l'aviation, le palais présidentiel est assiégé par l'armée sous le commandement de Pinochet.

Le putsch de la junte présidée par Augusto Pinochet mettait un terme, dans un bain de sang, à trois années d’une expérience sans précédent.

Pour la bourgeoisie chilienne comme pour les dirigeants des Etats-Unis, il fallait briser le rêve de Salvador Allende et de l’Unité populaire - une transition pacifique vers un socialisme démocratique  - avant qu’il ne soit trop tard et  « A n’importe quel  prix »...

Le prix du sang

Sous la dictature de Pinochet, des milliers de Chiliens sont arrêtés, torturés, déportés, exécutés (les célèbres « Caravanes de la Mort »). 3 197 personnes assassinées ou « disparues », à ce total, il faut ajouter le nombre de victimes du coup d'État lui-même, 150 000 personnes emprisonnées pour des motifs politiques, un million d'exilés dont 160 000 exilés politiques (dont beaucoup vers la France).chile-coup-1973

Les prémices de la Mondialisation ?

Il faut rappeler que le Chili de Pinochet est le premiers pays à mettre en oeuvre les politiques néolibérales pensées par Friedrich Von Hayek et Milton Friedman. Entamant ainsi, le début de la mondialisation néo-libérale.

Le Royaume-Uni de Margaret Thatcher (admiratrice de Pinochet) et les Etats-Unis Ronald Reagan suivront dans les années 80. 

Après le coup d’Etat du 11 septembre 1973, les syndicats et les partis de gauche chiliens n’étaient plus en mesure de résister à la « thérapie de choc » rêvée par les économistes « libéraux » de l’université de Chicago.

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Pinochet un "bon catholique" en visite au Vatican

On trouve encore aujourd'hui un professeur d'économie de Harvard, membre de la Hoover Institution, pour affirmer tranquillement, dans sa chronique régulière de Business Week, que le général Pinochet mérite l'éloge et que « l'ampleur et la durée de l'animosité » qu'il a suscitée à gauche « témoignent de son succès économique. Nul n'a fait davantage que Pinochet et ses conseillers pour démontrer la supériorité de l'économie de marché sur le socialisme ». (Cité dans "Le grand bond en arrière" de Serge Halimi, p214, article original : Robert J. Barro, «One Pinochet legacy that deserves to live», Business Week, 17 janvier 2000).

Les héritiers de PINOCHET

L'action des Etats-Unis au service de régimes militaires plus ou moins tyranniques ou fascistes, ainsi que les tentatives de déstabilisation des "démocraties" en Europe (années 70) eut des conséquences politiques majeures favorisant l'internationalisation du néolibéralisme qui nous occupe aujourd'hui.(...)"Le triomphe du néolibéralisme et de son nouveau projet économique, résume l'universitaire brésilien Emir Sader, ne peut être séparé du démantèlement de la gauche par les dictatures. Avec sa longue tradition de luttes pour les droits économiques et sociaux et son histoire de démocratie politique, le Chili n'aurait servi de fer de lance à ce projet sans la violente répression menée par le général Pinochet, qui détruisit toute l'ossature ayant fait de ce pays une référence latino-américaine et même mondiale." (Cité dans "Le grand bond en arrière" de Serge Halimi, p353)

Le Peuple uni, ne sera jamais vaincu ! 

« Continuez et sachez que s’ouvriront bientôt les grandes avenues où l’homme digne s’avancera pour construire une société meilleure »  : A l’heure de la mondialisation capitaliste, les derniers mots radiodiffusés d’Allende émeuvent d’autant plus qu’ils paraissent renvoyer à un lointain futur (même si l'Amérique latine semble aujourd'hui "bouger" dans le bon sens).

frico

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1)-Sans faire de comptabilité macabre, les 3000 morts américains  des attetats du 11 septembre 2001 ont ils plus de "valeur" que les centaines de milliers de victimes de l'impérialisme US en Indonésie, au Viêt-Nam, Cambodge, Laos, en Amérique latine, en Afrique, en Irak, ou que  les 200 000 victimes de Hiroshima et Nagasaki ? 

  2)-Salvador Allende nomme Quilapayún ambassadeur culturel du Chili. Fin août, le groupe part en tournée européenne, avec deux principaux rendez-vous le 9, à la Fête de l’Humanité (deuxième semaine de septembre) et le 15 à l’Olympia.

Quilapayún devait rentrer le 24 septembre, l’histoire (le 11 septembre 73) devait en décider autrement. Victor Jara est exécuté le 16 septembre, Pablo Neruda s’éteint le 23 septembre. Quinze ans d’exil commencent en France, ils enregistrent plus de trente albums et le cèlébre  "El Pueblo Unido jamas sera vencido".


Motolégende N° 239 novembre 2012GVL029


-Sources Pour partie :

http://abel.jerome.free.fr/ressources/1973_Chili.pdf

*La chaine ARTE s'est "fendu" d'un reportage (en 2010)

* Et la 3 sur la colaboration de la CIA et des nazis (27/09/2011)

Pour le contexte de l'époque voir également mes articles:

Toutes mes vidéos sur:

http://www.youtube.com/fricoracing


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